fautes de français
Culture française

Ce que les apprenants prennent pour des fautes… et qui ne le sont pas

Il y a une chose que j’observe chez presque tous les apprenants de français, quel que soit leur niveau :
ils portent sur leur parole un regard infiniment plus sévère que celui que les Français portent sur la leur.

Ils parlent, puis s’arrêtent.
Ils hésitent, puis s’excusent.
Ils corrigent mentalement chaque phrase avant même de l’avoir terminée.
Et très souvent, ils se taisent… non pas parce qu’ils ne savent pas quoi dire, mais parce qu’ils ont peur de mal le dire.

Ce qui est frappant, c’est que cette peur ne repose pas toujours sur de vraies erreurs.
Elle repose sur une idée profondément ancrée :

“Si je fais des fautes, je parle mal.”

Or, dans le français réel, parlé, quotidien, cette équation n’existe pas.

Pourquoi la notion de « faute » bloque autant l’oral

Pour beaucoup d’apprenants, la faute est associée à trois choses très fortes :

  • l’école
  • l’évaluation
  • le regard de l’autre
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Une faute, ce n’est pas seulement une erreur linguistique.
C’est une trace émotionnelle.

Elle rappelle le stylo rouge, la correction immédiate, le soupir du professeur, la note.
Elle installe l’idée qu’avant de parler, il faudrait savoir parfaitement.

Mais l’oral ne fonctionne pas comme l’écrit.
Et le français parlé ne fonctionne pas comme le français scolaire.

À l’oral, même les locuteurs natifs :

  • simplifient
  • contournent
  • reformulent
  • hésitent
  • mélangent les temps
  • utilisent des structures imparfaites

Non pas par ignorance, mais parce que la parole est vivante, immédiate, contextuelle.

Ce que les apprenants appellent des « fautes »… et qui n’en sont pas vraiment

Entrons maintenant dans le cœur du sujet.

1. Parler avec une grammaire simplifiée

Beaucoup d’apprenants pensent qu’il faut mobiliser toute la grammaire pour parler correctement.

En réalité, le français oral repose sur :

  • des structures simples
  • répétées
  • parfois incomplètes

Dire :

« Moi, je pense que… »
« Lui, il comprend pas trop »
« C’est pas facile, cette situation »

Ce n’est pas du mauvais français.
C’est du français oral, avec des reprises, des appuis, des redondances.

À l’oral, la clarté compte plus que la perfection formelle.

2. Utiliser des temps « approximatifs »

L’usage des temps est l’une des grandes sources d’angoisse.

Beaucoup d’apprenants se taisent parce qu’ils hésitent entre :

  • passé composé
  • imparfait
  • plus-que-parfait

Or, dans la langue parlée :

  • les Français simplifient énormément
  • le contexte fait souvent le travail à la place de la grammaire

Dire :

« Hier, je suis allé chez elle et on parlait longtemps »

Ce n’est pas une phrase scolaire parfaite.
Mais elle est compréhensible, naturelle, fluide.

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À l’oral, le sens prime sur la conformité théorique.

3. Répéter les mêmes mots

Beaucoup d’apprenants s’autocensurent parce qu’ils utilisent “toujours les mêmes mots”.

Ils pensent :

“Mon vocabulaire n’est pas assez riche.”

Mais à l’oral, la répétition est normale.
Même chez les natifs.

À l’oral, on ne cherche pas la variété stylistique.
On cherche l’efficacité.

Dire :

« C’était bien… vraiment bien… très bien »

Ce n’est pas une faute.
C’est une façon spontanée de parler.

4. Hésiter, reformuler, se corriger en parlant

Les pauses, les hésitations, les reformulations font partie intégrante de la parole.

Dire :

« Je pense que… enfin, non… plutôt que… comment dire… »

Ce n’est pas un échec linguistique.
C’est un processus de pensée en cours.

Les Français font cela en permanence.
Simplement, ils ne l’interprètent pas comme une faute.

La grande confusion : français scolaire vs français vivant

L’un des nœuds du problème est là.

Beaucoup d’apprenants confondent :

  • le français appris
  • le français utilisé

Le français scolaire est :

  • normé
  • corrigé
  • évalué

Le français vivant est :

  • souple
  • contextuel
  • imparfait
  • ajusté à la situation

À l’oral, on ne « récite » pas la langue.
On l’utilise.

Et une langue utilisée est toujours, par définition, un peu désordonnée.

Pourquoi les Français corrigent peu à l’oral

Un point qui surprend souvent les apprenants :
les Français corrigent peu.

Et quand ils corrigent, c’est rarement sur la forme.
Ils corrigent surtout quand le sens n’est pas clair.

Pourquoi ?

Parce que dans la culture française :

  • parler est un acte social, pas une performance
  • l’erreur n’est pas vécue comme une faute morale
  • la priorité est la compréhension mutuelle
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Si un Français te comprend, il n’a aucune raison de te corriger.

L’absence de correction n’est pas un jugement négatif.
C’est souvent un signe que tout va bien.

Ce qui compte réellement pour être compris à l’oral

À l’oral, trois choses comptent beaucoup plus que la perfection grammaticale :

1. L’intention

Ce que tu veux dire est souvent plus important que la façon exacte de le dire.

2. Le rythme

Une parole imparfaite mais fluide est plus compréhensible qu’une parole parfaite mais hachée par la peur.

3. La relation

L’oral est une interaction.
Les gestes, le regard, le contexte compensent largement les approximations linguistiques.

Le vrai frein n’est pas linguistique, il est intérieur

Quand un apprenant n’ose pas parler, ce n’est généralement pas parce qu’il « ne sait pas assez ».

C’est parce qu’il :

  • se juge trop vite
  • anticipe le regard de l’autre
  • confond parler et réussir

Tant que la parole est vécue comme une épreuve, elle reste bloquée.

Dès qu’elle redevient un espace d’expression, elle circule.

Apprendre à distinguer l’essentiel du secondaire

Une des étapes clés pour progresser à l’oral, c’est de faire le tri :

Essentiel :

  • être compris
  • oser parler
  • ajuster ensuite

Secondaire :

  • parler sans aucune erreur
  • mobiliser toute la grammaire
  • chercher la phrase parfaite

Le français oral se construit en parlant, pas avant.

Et si on changeait de regard sur les « fautes » ?

Plutôt que de se demander :

“Est-ce que je fais des fautes ?”

On pourrait se demander :

  • Est-ce que je me fais comprendre ?
  • Est-ce que j’ose aller au bout de ma phrase ?
  • Est-ce que je prends la parole ?

Les fautes qui empêchent vraiment de communiquer sont rares.
La plupart du temps, ce que les apprenants appellent des fautes sont simplement des marques d’un français en mouvement.

Parler, ce n’est pas prouver. C’est entrer en relation.

Le français vivant n’est pas parfait.
Il est humain.

Et c’est précisément pour cela qu’il est accessible.

Si tu parles avec sincérité, avec intention, avec présence,
la langue suivra.

Pas toute seule, bien sûr.
Mais pas sous la contrainte non plus.

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